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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 00:29

« Il m’a semblé entendre le son spécial d’un Minuit. L’heure est-[elle ?]. Ce que jette l’horloge n’est pas allé, indéfini, remplir des rideaux ou se perdre par la fuite d’une glace, me laissant toujours extérieur [à elle.] Non, au son très certain d’un Minuit, j’ai reconnu d’abord que l’instant était ici, et, comme un seul instant, peut être […], et je me souviens de moi-même. Longtemps, oh longtemps, quand tu sonnais en vain, maintenant une atmosphère d’absence, ton son d’or revenait à toi dans ma rêverie et t’y créait joyau d’or, et je te savais indiquant sur ta complication stellaire et marine les occurrences externes du jeu des mondes, mais je puis dire, faisant allusion aux souvenirs d’une race que tu évoques, que jamais sur ces surfaces qui marquent les jeux multiples et combinés de la multiplicité de la pensée universelle, jamais, résumé de l’univers que tu es, joyau des choses, tu n’as fait une minute d’une aussi magnifique concordance et, je doute que cet instant ait dans le présent son pareil parmi l’indicible multiplicité des mondes. Ma pensée est donc recrée, mais moi, le suis-je ? Oui je sens que ce temps versé en moi me rend ce moi, et je me vois semblable à l’onde d’un narcotique tranquille dont les cercles vibratoires venant et s’en allant font une limite infinie qui n’atteint pas le calme du milieu. »


MALLARMÉ, Stéphane, « Brouillon du « Minuit » » dans Œuvres complètes, t. I, éd. B. Marchal, Paris, Gallimard, 1998, p. 500.

Published by Pierre Rivière - dans Mallarmé
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