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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 12:38

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« C’est donc la personnalité qui, ici, est sortie de la vie de la substance éthique ; elle est l’autonomie de la conscience effectivement en vigueur et reconnue. La pensée non effective de cette autonomie, qui advient à soi par le renoncement à l’effectivité, s’est déjà présentée antérieurement comme conscience de soi stoïque ; de même que cette conscience stoïque procédait de la domination et de la servitude, comme existence immédiate de la conscience de soi, de même la personnalité procède de l’esprit immédiat – qui est la volonté générale dominante de tous et tout aussi bien leur obéissance de serviteur. Ce qui pour le stoïcisme n’était l’en soi que dans l’abstraction est désormais monde effectif. Le stoïcisme n’est rien d’autre que la conscience qui amène à sa forme abstraite le principe du statut juridique, l’autonomie sans esprit ; par sa fuite hors de l’effectivité, elle n’atteignait que la pensée de l’autonomie ; la conscience y est absolument pour soi, par le fait qu’elle ne rattache pas son essence à une quelconque existence, mais a abandonné toute existence dans l’unité de la pensée pure. De la même façon, le droit de la personne n’est attaché ni à une existence plus riche ou plus puissante de l’individu en tant que tel, ni non plus à un esprit vivant universel, mais au contraire à la pure unicité de son effectivité abstraite, ou encore, à cette unicité comme conscience de soi en général.

De même, maintenant, que l’autonomie abstraite du stoïcisme représentait son effectivation, cette dernière répétera à son tour le mouvement de la première. La première passe dans le trouble et le désarroi sceptique de la conscience, dans un verbiage confus du négatif, qui erre d’une contingence de l’être et de la pensée à l’autre, les résout, certes, mais tout aussi bien les réengendre dans l’autonomie absolue, et n’est en fait que la contradiction de l’autonomie et de la non-autonomie de la conscience. – De la même façon, l’autonomie personnelle du droit, est bien plutôt ce même désarroi universel et cette dissolution réciproque. Car ce qui vaut et est tenu pour l’essence absolue, est la conscience de soi comme pure unicité vide de la personne. Face à cette universalité vide, la substance a la forme de ce qui remplit et du contenu, et ce contenu, désormais, est laissé entièrement libre et non ordonné ; car l’esprit qui le soumettait et le contenait dans son unité n’est plus présent. – C’est pourquoi, dans sa réalité, cette unicité vide de la personne est une existence contingente, un ensemble de faits et gestes sans essence qui ne parviennent à aucune consistance. Comme le scepticisme, le formalisme du droit est donc du fait même de son concept dépourvu de contenu caractéristique, il trouve en l’état une pérexistence multiple, la possession, et lui imprime comme lui, la même universalité abstraite qui la fait appeler propriété. Mais si, dans le scepticisme, l’effectivité ainsi déterminée s’appelle tout simplement apparence, et n’a qu’une valeur négative, dans le droit, elle a une valeur positive. Cette valeur négative de l’apparence consiste en ceci que l’effectif a la signification du Soi-même en tant que pensée, en tant qu’universel en soi, tandis que cette valeur positive dans le droit consiste en ceci que la réalité effective est Mienne, au sens de la catégorie, comme validité reconnue et effective. –L’une et l’autre sont le même universel abstrait ; le contenu effectif ou la déterminité du Mien – que ce caractère mien concerne une possession extérieure ; ou encore, la richesse, la pauvreté intérieure de l’esprit et du caractère – n’est pas contenu dans cette forme vide et ne la concerne en rien. Il ressortit donc à une puissance propre, qui est autre chose que ce qui est formellement universel, qui est le hasard et l’arbitraire. – C’est pourquoi la conscience du droit fait dans l’exercice de sa validité effective bien plutôt l’expérience même de la perte de sa réalité et de sa parfaite inessentialité ; et c’est pourquoi désigner un individu comme une personne, est une expression du mépris.

La libre puissance du contenu de se détermine donc de telle manière que la dispersion dans la pluralité absolue des atomes personnels est en même temps, par la nature même de cette déterminité, recollectée en un Un point unique tout aussi dépourvu d’esprit, qui est leur est étranger, et qui, pour une part, semblablement à la raideur cassante de leur personnalité d’atome est une effectivité purement singulière, mais en même temps, par opposition à leur singularité vide, a pour eux le sens de tout contenu, et donc de l’essence réelle, et par opposition à leur effectivité prétendument absolue, et en soi sans essence, est la puissance universelle et l’effectivité absolue. Ce maître du monde est de la sorte à ses yeux la personne absolue qui englobe en même temps en soi toute existence, et pour la conscience de qui il n’existe pas de d’esprit plus élevé. Il est une personne ; mais la personne solitaire qui est venue faire face à Tous ; ce Tous est ce qui constitue l’universalité reconnue de la personne, car le singulier en tant que tel n’est vrai que comme pluralité universelle de la singularité ; séparé de celle-ci, le Soi-même solitaire est en réalité le Soi-même ineffectif, sans force. – En même temps, il est la personnalité universelle. Mais ce contenu, une fois libéré de sa puissance négative, est le chaos des puissances spirituelles qui, déchaînées en autant d’entités élémentaires, s’affrontent sauvagement dans une débauche furieuse et destructrice ; leur conscience de soi sans force est l’enclos impuissant et le sol de leur tumulte. Et se sachant ainsi la quintessence de toutes les puissances effectives, ce maître du monde est la monstrueuse conscience de soi qui se sait comme le dieu effectif ; mais dès lors qu’il n’est que le Soi-même formel qui ne parvient pas à les dompter, son mouvement et sa jouissance de soi sont une débauche tout aussi monstrueuse.

Le maître du monde a la conscience effective de ce qu’il est, de la puissance universelle de l’effectivité, dans la violence destructrice qu’il est exerce à l’égard du Soi-même de ses sujets qui lui fait face. Sa puissance, en effet, n’est pas l’unicité de l’esprit, en laquelle les personnes reconnaîtraient leur propre conscience de soi ; celles-ci, au contraire, en tant que personnes sont pour soi et excluent la continuité avec d’autres de la raideur absolue de leur ponctualité ; elles sont donc dans un rapport uniquement négatif aussi bien les unes envers les autres qu’envers lui-même, qui est leur relation ou leur continuité. En tant qu’il est cette continuité, il est l’essence et le contenu de leur formalisme ; mais un contenu qui est leur est étranger, et une essence hostile qui abolit précisément ce qui pour elles était leur essence, l’être pour soi vide de contenu, et qui, en tant que continuité de leur personnalité, détruit précisément cette dernière. La personnalité juridique, dès lors que le contenu qui lui est étranger se fait valoir et reconnaître en elle – et il se fait valoir en elles parce qu’il est leur réalité –, découvre donc, au contraire, son insubstantialité. L’affouillement ravageur de ce sol sans essence se donne face à cela la conscience de sa totale maîtrise sur toutes choses, mais ce Soi-même n’est que dévastation, et donc il est seulement hors de soi ; il est même, bien plutôt le rejet de sa conscience de soi. »

 

HEGEL, G.W.F., (trad. Jean-Pierre Lefebvre), La phénoménologie de l’Esprit, Paris, Aubier, 1990, p. 326-329. 

Published by Pierre Rivière - dans Hegel
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